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Le coeur entre les dents

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Partir d’un soi (Emmanuel, 36 ans, pour l’instant à Nice).

 

D’après moi, « vivre » inclut en soi la possibilité d’une éducation tout au long de sa vie. C’est ce « possible », flou, indéterminé, qui peut nous amener à faire des choix, à prendre des risques, à faire un ou des sauts dans LE Vide.
Penser sa vie ou la Vie doit impliquer pour moi le risque…de penser, d’interroger, de réfuter, de nier l’évidence et les modèles fondamentaux pour aboutir à une démarche concrète. C’est s’inscrire dans une liberté rude et dangereuse à expérimenter, c’est d’abord se confronter à soi puis aux autres par la mise en acte. C’est s’exposer d’abord à une liberté « uniquement » limitée par le : vais-je oser, le : j’y vais ou pas ?

 

L’éducation tout au long de sa vie ne peut (pour moi) se limiter au cursus scolaire : de l’école maternelle à BAC + x années où le rapport à un maître et à l’inscription dans un système est bien souvent marqué par une dynamique de conformité. C’est un peu l’éducation « pré mâchée » une réplique du film « Marius » tiré du bouquin de Marcel PAGNOL.

 

Je suis peu friand de la seule et unique éducation scolaire, structurée, itématisée, hiérarchisée avec ses experts, ses professeurs émérites, ses bons et mauvais élèves…

 

La façon d’apprendre qui m’interpelle le plus c’est le témoignage. Y’a une sorte d’humilité dans cet exercice qui me fascine et qui est souvent proportionnelle à l’énormité de l’expérience, du fait vécu. Ce qui me vient en mémoires vives, se sont les témoignages de résistants pendant la guerre, de déportés de camps de concentration, de rescapés (comme ceux de l’équipe de foot ou de rugby qui s’est crachée en avion dans la Cordillère des Andes).
J’ai toujours eu l’impression que l’on n’y apprenait rien sinon de l’énormité, de l’immensité, de l’univers en constante expansion qu’est l’être. C’est de ce côté là que je situe l’éducation tout au long de sa et la vie.

 

Pour ma part, j’ai d’abord expérimenté cet univers en expansion par diverses substances, en « m’explosant le crâne ». Comportements suractivés par des contextes scolaires, étudiants…militaires. Contextes sociaux où les contraintes sociales m’apparaissent maximales, où je n’étais capable que de percevoir la dynamique d’uniformité. Ces contextes où un et un seul comportement est mis en exergue, cette moutonnerie, cette espèce de mort, pour moi, du vécu personnel.

 

Quoiqu’il en soit ma recherche du « vivre quelque chose » a constitué et constitue toujours ma quête principale, omniprésente (très certainement au détriment ou dans la fuite du construire ici et sur la durée et de l’avec quelqu’un, quelqu’une…).

 

Fin de mes études d’éducateur spécialisé je perçois que ce n’est pas complètement ça, que ça me comble pas ? peut-être que je n’étais pas encore prêt à m’inscrire dans une vie que j’estime trop emprunte de stabilité : le couple, l’appart, le CDI…. très certainement une peur de mort dans le quotidien.
Une fois de plus, bien englué, perplexe, isolé avec ma perception d’un manque existentiel (après avoir repris des études à 27 ans, qui n’avaient rien à voir avec mes premières études : aquaculture en lycée agricole) je décide de choisir 2-3 personnes qui m’impressionnent, me bousculent, de lire un de leurs ouvrages, un de leurs témoignages et de voir.
Je crois que je souhaitais entendre une autre forme de parole que celle de mon environnement social immédiat ou de celle construite dans nos médias, qui d’après moi est plus de l’ordre du discours, de l’auto-admiration dans le regard des autres.

 

Qu’est-ce qui me vient dans la tête ? L’Abbé Pierre et Sœur Emmanuelle…

 

Je n’étais pas retourné à la messe ou dans une église depuis l’âge de ma communion et je n’avais jamais ouvert une Bible. Pourtant j’achète 2-3 de leurs ouvrages, leurs témoignages m’intéressent mais bon…
Par contre, je me rends compte que ce qui me plaît chez eux c’est qu’ils me donnent l’impression d’être ce qu’ils disent.
Les jours, semaines et mois suivants je me rends compte qu’une parole m’est restée et persiste en moi : « Dieu est Amour ».
Avant toute chose, le truc que je m’étais dit, avant d’initier ce début d’introspection, c’est que quoique je trouve en moi, je le suivrai même si je me découvrais homosexuel…LE truc qui serait le plus difficile à assumer pour moi.
Mais quand même, je me suis demandé ce que c’était que ce délire : Dieu est Amour ? en quoi elle pouvait rester en moi cette parole ? moi qui me moquais des cathos, de leurs croyances…

 

Tout ça pour m’avouer que j’étais au pied du mur avec cette question : j’y vais ou pas ?

 

J’y suis allé, ça m’a amené à vivre trois mois dans un monastère Bénédictin près de Marseille. Trois mois dans le silence, rythmé par des offices religieux et du tissage.

 

Qu’est-ce que je suivais ? une parole ? LA parole de Dieu ? J’en sais trop rien par contre c’est surtout la question de ce que je vivais qui me permettait de me raccrocher à quelque chose.
Le plus difficile à vivre avant la période de trois mois en continu au monastère, c’était de passer d’un monde à l’autre. Passer du rythme, des normes relatives au temps, à la durée, au rapport au corps, à l’échange verbal, au vouloir, aux désirs de ma vie quotidienne aux normes du monastère où j’effectuais des retraites d’une semaine. Ça fait vivre une révolution de s’inscrire dans quelque chose d’autre.

 

Ensuite, cette voie ou voix spirituelle m’a amené à considérer l’impacte et la puissance de ces écrits Bibliques qui m’ont comme révélé l’existence d’une porte en moi, aux fins fonds de moi, qui ouvre à………..?? un autre accès à l’humanité de l’humain ?? à une ou L’Humanité ?? à l’autre ?? à un commun humain, une profonde humanité en soi ET à nous ???

 

Je suis passé de : Les Évangiles, l’Ancien Testament de quoi ça parle ? À : à qui ça parle en NOUS ? Certains récits, notamment pour moi, un récit du prophète Élie, interpèle sur un plan perso et dans l’inscription à un environnement social. C’est le premier texte de la Bible que j’ai lu, la fuite d’Élie et sa traversée du désert, bien avant le monastère, qui m’interpelle et me parle toujours personnellement et intimement. La Bible permet, d’après moi, un rapport de soi à Une parole faîte Dieu, par Dieu, qui fait un Dieu toujours plus incertain et nouveau à chaque rapport à l’Ecriture. Un Dieu par une parole « plus intime à mon intimité que je ne pourrais l’être».

 

Au-delà de ce début d’introspection, d’expérimentation de la profondeur de son intimité, de cette « belle » ou pas belle ou effrayante intimité, j’expérimentais l’impact qu’une expérience dite personnelle peut avoir sur son entourage amical, familial ou professionnel : « Une onde de choc » au travers de chaque intimité, d’un réceptacle humain commun ? expérience qui me ramène à cet axe de réflexion sur le mouvement de l’individu du mystique au politique.

 

Ma courte expérience monastique m’a beaucoup interpellé sur le choix politique de l’intériorité, du prima de l’intériorité dans le rapport à l’autre. La proposition d’une vie basée sur cette intériorité qui relie chacun sans la primauté de la parole, du vouloir dire à l’autre. C’est un contexte où j’ai vécu des périodes, des instants où seule la sensibilité du moment, de sa seconde, faisait lien et/ou amour. Des périodes très vives, fugaces ou qui persistaient, s’installaient en moi et avec l’autre, des moments d’un autre rapport à ??? qui dépossède d’un soi connu, bien défini.
L’autre lien que je fais avec le politique c’est que le cheminement spirituel ne peut se faire que dans un contexte social, ici une communauté, avec un accompagnement, parfois décapant, qui ramène sur terre et par un solide arrimage à une règle, ici celle de St Benoît. C’est un cheminement de chacun avec un faire ensemble, une implication de base commune, qui fait communauté.

 

Au final, après ces trois mois d’expérience et de cheminement spirituel, le moine qui m’accompagnait et la mère supérieure me conseillent de consulter un psychologue.

 

Au début, c’était une proposition qui me perturbait, difficile à entendre. Et en même temps, cette voie était en moi, ça n’était pas qu’une surprise…

 

Bon, ben j’y suis allé chez la psy et je m’y colle toujours à l’analyse. C’est encore une sacrée marche à passer dans cette quête de vécus mais cette fois c’est un vécu fait de vécus, de milles vécus, intérieurs et finalement pas si personnels ou pas que personnel, toujours liés au rapport à quelqu’un, à des autres.

 

Voilà un peu de ce qu’il en est pour moi du politique, qui est peut être, avant tout, pour moi, pour l’instant, plus du possible vivre quelque chose ensemble que véritablement du faire ou construire ensemble. Peut-être qu’avant de construire ensemble, j’ai besoin d’une inscription commune, physique, pas forcément complètement pensée, dans un vécu, un ancrage d’êtres et de vies.

Emmanuel, 36 ans, pour l’instant à Nice.


  1. fantômette écrit:

    ce serait bien que tu coupes parce que … ouffff
    Bon pour l’éducation toute faite à l’école , je suis d’accord avec toi .
    Les artistes n’ont jamais fait fureur à l’école ex : Rimbaud ( c’est tout ce que j’ai en tete pour le moment )
    Je voulais devenir historienne mais toutes ces guerres dans l’histoire , toute cette haine … je me demandais pourquoi ! Pourquoi on nous forçait à apprendre cette « histoire  » de strateges, de meurtriers (napoleon, hitlher et les autres )
    bon c’est l’heure de manger :mrgreen:
    bises
    a +
    Cathy

    Citer | Posté 5 mai, 2010, 17:47
  2. michelehardenne écrit:

    Je peux le comprendre.
    Dès que nous commencons à nous mettre sur deux pieds, nos premiers pas sont guidés et dirigés.
    Il faut éviter de tomber, on nous assiste et puis on nous pose des barrières.
    Un petit pas à la fois, toujours sous contrôle.
    J’ai fait des études en sciences appliquées, pour entrer à la polytechnique.
    Suite aux divorces de mes parents, j’ai déménagé et changé de ville.
    Plus questions d’entamer des études longues et coûteuses (5 ans).
    J’étais également monitrice de colonies de vacances, et me suis dit qu’une carrière d’institutrice me plairait bien.
    L’école normale ne durait que deux ans.
    A la fin de mes études, j’ai fait des remplacements dans une école d’enseignement spécialisé, puis j’ai eu une place dans une école dont l’enseignement était de type Freinet. Mais, à cette époque, (de 82 à 87), les écoles fusionnaient et la carte politique a commencé à jouer de son influence.
    J’avais postulé pour une place d’enseignante dans un hôpital et j’y suis restée 2 ans.
    Et puis la vie prend une autre tournure, on rencontre quelqu’un, on fait le choix d’une vie de couple, on fait le choix d’un nouveau lieu de vie et pour finir je fais le choix d’une autre carrière professionnelle.
    En autodidacte, j’ouvre un bureau de comptabilité, fiscalité, gestion , analyse financière.
    Et puis la vie évolue, le monde des entreprises aussi. Je m’intéresse principalement à la fiscalité (droits et défenses des contribuables) et je présente, toujours en autodidacte les examens d’experts comptables.
    Depuis pas mal d’années j’exerce la profession libérale de « conseil fiscal » et je ne m’en lasse pas.
    Lorsque le quotidien tourne à la routine, quand la vie commence à stagner, je me sens frustrée si je ne peux plus continuer à expérimenter de nouvelles expériences, j’ai un besoin viscéral d’accumuler du vécu.
    Si l’on me prive de ce besoin, en me mettant des barrières, comme pour éviter à un enfant de courir un danger, on m’isole, on me prive d’oxygène, on m’étouffe.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 24 mai, 2010, 20:29
  3. lozachjb écrit:

    du vent?

    Citer | Posté 22 juillet, 2010, 19:59
  4. Dans le chemin tracé par l’évolution, toutes les erreurs sont nécessaires car il n’y a pas de solution sans problème. L’intelligence, l’abnégation et le respect ne sont pas innés. Notre espèce est un problème qui essaie par la lucidité de certains de créer des solutions. Mais que faire lorsque les solutions proposées engendrent elles-même plus de difficultés ? Je n’ai pas de réponse, mais je sais qu’il ne faut jamais faiblir devant l’adversité, se révolter face aux injustices en tenant compte des erreurs comme des solutions passées (puissent-elles exister sous plusieurs formes)…

    Citer | Posté 13 janvier, 2011, 18:12

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