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if I could move mountains

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( de Lucie, 30 ans, Brest. )

 

Moi…

 

Juan m’a choisie parmi d’autres d’abord parce que je suis éduc (et que je m’imagine qu’il s’imagine que je suis bientraitante- s’il savait…), aussi parce que je suis son amie, certainement parce qu’il surestime mes capacités intellectuelles (ce que j’ai remarqué être souvent le cas avec ceux qui l’entourent), à l’évidence parce qu’il  veut me faire culpabiliser de ne pas l’avoir choisi comme parrain (non, pas aux alcooliques anonymes), et surtout parce que je suis humble et brillante (avec une certaine maîtrise du mot de liaison et de la parenthèse).

 

J’ose espérer que c’est aussi parce que j’ai choisi ma voie, ni par dépit, ni par hasard, mais par conviction (même si je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait). Et enfin, pour vérifier que je suis capable de taper à deux mains et penser sans mes pieds, n’ayant jamais donné suite honorable à sa proposition d’écrire à quatre mains (surtout deux droites, aïe).

 

Ce qu’il n’imaginait pas c’est l’état dans lequel cette mission me plongerait, la pression m’a depuis submergée et mon ordi m’a lâchée (je ne crois pas aux coïncidences mécaniques).

 

Evidemment, parce que beaucoup de choses communes nous touchent et que beaucoup d’autres nous enragent.

 

 

 

Educ…

 

« Je me souviens de ses barbies sans tête, mangées par les rats. Nous étions toujours très nombreux à ses anniversaires, nous enfants, les frères et les cousins. La fête était toujours parfaite, de la musique, des gâteaux énormes à la crème au beurre, des billets de monopoly et des rires… Il fallait aller sur le pallier pour les toilettes, des wc à la turque pour tout l’étage, et là, je vomissais en relative discrétion les montagnes de beurre englouties à la petite cuillère. C’était ça le bonheur dans ma tête d’enfant privilégiée de la poupée, mais solitaire de la pensée. Aujourd’hui il me reste l’image des rats que je ne voyais pas. J’ai honte de moi. Du parquet de mon monde aimant et stérilisé je rêvais de vivre la solidarité de la  misère ».

 

Educateur…parce que médecin sans frontière sans faire médecine ça n’existe pas. Mon sens aigu et lancinant (en rythme s’il vous plaît) de la justice devait être assouvi d’une manière ou d’une autre pour ne pas crever dans l’incohérence. Ensuite parce qu’en athée convaincue, je ne peux pas m’empêcher de porter cette saloperie de culpabilité chrétienne si je ne lutte pas (sans final(e)). Avec le temps je me dis que ce métier est un bon compromis entre mon engagement politique, associatif, mon besoin de partager et la reconnaissance latente que je n’ai pas eu le courage d’aller chercher ailleurs.

 

L’étape difficile est de ne pas mélanger l’engagement individuel et ma pratique professionnelle. Aujourd’hui travailler pour une association prend tout son sens, bien qu’il soit plus facile de coller au projet associatif qu’ à la politique de son application.

 

Educateur c’est aussi la liberté de la relation humaine. Malgré le « tenté encadrement normatif » il est impossible de faire sans la place majeure de l’entité de chacun, et l’impossible asservissement à une même réalité. Educateur c’est réfléchir tout le temps, en courant. C’est observer : anticiper, sortir de son corps pour regarder ce qui se passe puis comprendre (ou pas).

 

Educateur c’est être une béquille, ni trop haute, ni trop basse, c’est douter tout le temps et faire avec. J’aimerais trouver le juste équilibre entre l’ « éducaticide » et l’épanouissement de l’individu.

 

Educateur c’est accepter aussi d’être utilisé (oh oui !). Je commence à comprendre que LA réalité n’existe pas.

 

Educateur c’est aussi parce que je suis certaine que rien n’est définitif (t’être même pas ma certitude) et que la fatalité n’existe pas, et que même si la vie est dure (oui bon c’est un peu bateau) elle peut parfois être belle pour tous (éducateur c’est savoir être naïf aussi).

 

Educateur c’est rencontrer tellement de gens différents et vivre avec l’ « Homme ». C’est toucher à tout même quand on ne maîtrise rien.

 

Educateur c’est inventer tout le temps. Educateur c’est refuser les rats, c’est se battre et soutenir l’autre dans  son combat.

 

Et ne nous leurrons pas, parce qu’il paraît qu’il faut payer son loyer même quand on ne rêve pas de cuisine équipée.

 

 

Lucie.

 


  1. lanouvelleagora écrit:

    Bonjour
    Il y a plein de bonnes choses dans la démarche de Lucie comme les souvenirs d’enfance, le besoin de justice et la volonté récurrente de bien faire de l’athée etc
    bonne continuation
    Paul

    Citer | Posté 24 mai, 2010, 10:34
  2. michelehardenne écrit:

    En fait, je suis impressionnée par les gens qui font un métier par vocation.
    Quand j’étais gamine je voulais être hôtesse de l’air, pour voyager gratuitement et visiter tous les pays du monde.
    Mon métier je le fais d’abord, je l’avoue, pour payer mes factures.
    Il est de ma nature d’être en contact avec les gens, et principalement ceux que je rencontre au quotidien dans ma commune, j’aime participer bénévolement aux activités associatives, je suis souvent reprise comme membre dans diverses asbl (association sans but lucratif) : que ce soit dans un comité de pilotage de développement local, l’organisation de forum d’entreprises établies sur le territoire communal, création d’une nouvelle maison des jeunes, organisation de petits déjeûners Oxfam, agence locale pour l’emploi, le télévie, manifestations culturelles en tous genres.
    Peu m’ importe que le politique essaie de récupérer à son avantage toutes les manifestations faisant sortir de chez eux les habitants.
    Faire partie de ces associations, c’est avant tout vivre parmi et avec les autres, en laissant de côté ses vues politiques, croyances et cultures.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 24 mai, 2010, 21:02
  3. lozachjb écrit:

    s’impliquer dans une association.

    Citer | Posté 22 juillet, 2010, 20:01

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