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souffrance en France. Christophe DEJOURS.

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Le problème principal ici posé est celui de la tolérance incroyable de nos contemporains au progrès de l’injustice sociale en régime libéral.

(…)

Force est donc d’admettre que le système néolibéral, même s’il fait souffrir ceux et celles qui travaillent, ne peut maintenir son efficacité et sa stabilité que grâce au consentement de ceux là et de celles-là qui le servent.

(…)

Les implications de ce livre portent d’abord sur l’analyse classique de la servitude volontaire individuelle, dans la mesure où l’argumentation, s’appuyant essentiellement sur l’analyse clinique du rapport subjectif au travail, permet de révéler le détail de cette intelligence, dans ce qu’elle a de plus individuel.

(…)

mettre à jour les processus en cause dans le consentement à servir un système que l’on réprouve.

            Christophe DEJOURS est psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des arts et métiers et directeur du laboratoire de psychologie du travail et de l’action.

            Son domaine d’étude est passé de la « psychopathologie du travail » à la « psychologie dynamique du travail« . Il se pose la question de savoir comment font la plupart des personnes qui travaillent pour ne pas devenir malades?

            Sa « clinique » s’intéresse aux défenses inventées et construites par les gens qui travaillent pour lutter contre la souffrance ou pour la contenir. Christophe DEJOURS développe l’idée générale que contre la souffrance au travail, nous érigeons des stratégies de défenses autres qu’ intra- psychiques. En effet, il montre qu’il existe des défenses collectives qui permettent de coopérer ensemble pour lutter contre des souffrances qui demeurent toutefois singulières. Selon lui, l’unification des comportements défensifs provient du fait que:

- C’est le même secteur où on exclut la pensée : le travail.

- C’est le même danger à conjurer : la peur, le risque.

- C’est le même mensonge organisé, présenté comme dominant qui est utilisé.

Toujours est- il qu’il faut encore pouvoir avoir accès à sa propre souffrance car d’après Christophe DEJOURS tout le monde n’est pas libre d’éprouver ou de penser sa souffrance. Selon lui, les cadres doivent être insensibilisés à la souffrance pour continuer à travailler. C’est au moyen d’un clivage entre être privé et être social qu’ils y parviennent. D’où cette interrogation : comment se fait-il qu’une population entière fonctionne d’après le modèle du clivage du moi ? Pour y répondre, il avance l’hypothèse que  les normopathes font passer leur système et que les autres développent des stratégies de défense pour ne pas devenir fous.

Son hypothèse est que le malheur ne déclenche plus d’indignation car il n’est plus relié à une injustice et aboutit au clivage : souffrance-injustice. Ce clivage s’est formé par un processus de banalisation du mal. [Hannah ARENDT]

Ce livre traite la question de la souffrance subjective de ceux qui travaillent et de la banalisation du mal dans le système néolibéral. Christophe DEJOURS parle de ceux qui ont accepté le système avant d’en être les victimes. L’auteur fait l’analogie entre la banalisation du mal (la souffrance infligée à autrui) dans le travail contemporain et pendant le nazisme.

 

Christophe DEJOURS part pourtant du postulat que personne n’est indifférent à la souffrance de l’autre, mais par le mouvement paradoxal d’un retournement du sens moral au nom de « la guerre économique« , la survie (de l’entreprise, de la société, de soi, de sa famille…) est à ce prix. Cette « distorsion communicationnelle » fonctionne au moyen d’une valeur, la virilité alors assimilée à tort au courage, et se traduit par le fait de savoir infliger de la souffrance à l’autre. En effet, lorsqu’il le faut, il faut savoir faire « le sale boulot« . Pour ce faire Christophe DEJOURS précise que la virilité a besoin du regard des autres tandis que le courage n’en a pas besoin et sait même l’affronter (« Le mal a fondamentalement partie liée avec le mâle »). L’auteur explique que ce qui fonde la virilité c’est la peur, peur qui intervient avant la violence. Cette peur du chômage, de la précarité…induit soumission, perte des solidarités au travail tout en provoquant une séparation entre ceux qui font partie du monde du travail et ceux qui en sont exclus. Christophe DEJOURS pense qu’il est nécessaire et urgent de rouvrir une réflexion sur la peur.

 

Lorsque C.DEJOURS décrit l’organisation actuelle du travail et le quotidien des salariés, il me rappelle le livre de N. JOUNIN, Chantier interdit au public, Enquête parmi les travailleurs du bâtiment[1].  En effet Nicolas JOUNIN démontre dans son livre que le recours à la sous-traitance et à l’intérim constitue le pivot de l’organisation des chantiers. Les entreprises pour faire des économies font appel aux sous-traitants qui, pour être plus compétitifs, ont recours à l’intérim.

A partir de ces constats, le sociologue démontre que ces employeurs intermédiaires jouent un autre rôle : ils permettent aux entreprises de transgresser les lois (sans-papiers, licenciements, sécurité) sans être responsables : c’est « l’externalisation des illégalités« .

JB.
 



 

 

[1] JOUNIN (N.), Chantier interdit au public, Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, la découverte, Paris, 2008.


  1. michelehardenne écrit:

    le système de compétivité a développé une nouvelle maladie qui fait des ravages au niveau des cadres : le burn out

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 27 juin, 2010, 21:23

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