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Etat des lieux

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Les valeurs qui nous gouvernent sont celles du marché. La communication a remplacé la parole ; l’urgence a oublié le temps de l’Homme ; l’utilité s’est substituée au don ; l’argent a converti le temps ; la compétition a pris le pas sur la sociabilité.

Il faut être fort, savoir se battre au rythme du « struggle for life » tout en restant soumis, bien discipliné, conforme. Un drôle de paradoxe qui engendre des situations de double – contrainte difficiles à vivre.

Au sein de la population, une hiérarchie de la consommation se matérialise par la lutte pour le pouvoir d’achat. Les gens cherchent à se libérer en tant que consommateurs et non en tant que citoyens. Les efforts liés au travail apparaissent proportionnels à la satisfaction liée à la consommation.

L’obsolescence de la marchandise est devenue celle de la société et maintenant celle de « l’homme jetable » comme les autres objets.

 » There is no such thing as society : there are individual men and women and there families. » (Margaret TATCHER)

Nous sommes dans l’ère de l’effondrement du sens ou plutôt du vide. La technoscience vient renforcer une illusoire quête de « perfection » qui par définition ne prend pas en considération les limites de la condition humaine. Vitesse, efficacité, marchandisation réduisent la valeur de la relation humaine.

Si donner une signification et une valeur à son existence est maintenant laissé à l’initiative de l’individu, ceci est un piège, un leurre puisqu’en définitive, nous sommes otages du monde pour l’argent, de la rentabilité.

Le capitalisme, le néo-libéralisme, la bureaucratie fonctionnalisent l’individu à défaut de lui offrir les conditions de son épanouissement subjectif. Capitalisme, libéralisme, bureaucratie nous aliènent.

            « Ce désenchantement va de pair avec un dépérissement de l’esprit militant et de la participation à la politique qui frappe même les responsables syndicaux les plus convaincus :  » y compris dans les municipalités dites ouvrières, il n’y a plus d’activité politique. Il y a une activité de gestion pour celles qui sont socialistes ou communistes mais il n’y a plus d’activité politique (…). On gère, on gère, comme le ferait la droite, peut être d’une façon un tout petit peu différente, mais on gère….(…) Alors il n’y a plus de militants, les gens sont devenus comme moi, ils voient çà de loin et ils ne sont pas motivés pour faire quoi que ce soit… » [1]

Dans ce livre qui porte bien son titre, La misère du monde, P. BOURDIEU soulève le couvercle d’une société toujours un peu plus sous pression. Il nous fait partir pour un voyage au bout de la nuit où l’on prend de plein fouet la réalité socio-économique. On ressent bien le malaise dans la civilisation, toute la violence des structures économiques et sociales qui frappe en plein cœur l’individu. Cette violence parcourt le livre et s’exprime à travers le discours des personnes qui parlent de leur vie, comme dans la citation ci-dessus.

 

L’impression que tout cela donne est que nous nous trouvons dans une fin de cycle. Après le séisme boursier de 2009, la crise économique internationale a, – ou aura -, certainement des impacts psychologiques et sociologiques. Pour commencer, cette prise de conscience individuelle et collective : la civilisation du capitalisme financier est mortelle ; il n’y a pas de fatalité mais des alternatives. Avec les doutes et l’espoir d’un autre monde, d’une autre société, va naître peut-être une ère sceptique qui pourrait provoquer un débat de société, un changement des mentalités, une nouvelle donne, un mouvement donc vers un nouveau contrat social?

JB.
 


  

[1] BOURDIEU (P.), La misère du monde, Editions du Seuil, Paris, 1993.

 


  1. michelehardenne écrit:

    Il n’y aura pas d’avenir plus serein, si il n’y a pas de réforme.
    La solidarité doit se reconquérir. Le monde financier était le premier pouvoir, les dégâts qu’il a occasionné sont à la base de la sensibilité des citoyens du monde, pour demander des réformes, quelles soient sociales,économiques et financières.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 10 mai, 2010, 20:49
  2. isanew écrit:

    Il y a plein de phrases que j’aime dans cet article …
    Isa

    Dernière publication sur Blog en vrac ! : Noël 2013 : bô bô bô !

    Citer | Posté 20 mai, 2010, 19:54

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