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l’éducation tout au long de la vie

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L’individu dans ses différents moments est au cœur de ma réflexion. A ce titre, je m’interroge sur comment lui donner les moyens d’acquérir une véritable qualification intérieure?

Dans l’ouvrage de référence L’individualisme est un humanisme[1], François DE SINGLY met en évidence quatre types de lien social :

 

L’individualisme citoyen cible l’individu abstrait (libre), doué de raison, capable de faire des choix par et pour lui-même.

 

L’individualisme relationnel concerne la construction de l’identité de chacun. Auparavant notre identité restait bien figée (le mari, le père, le salarié… A l’âge adulte « on savait qui on était »). Aujourd’hui, cette quête d’identité est plus difficile car elle reste inachevée. Mais elle gagne en intensité. L’ individu est à la quête de soi dans ses relations avec les autres.

 

L’individualisme compétitif apparaît autour des années 1960 comme un nouveau type de concurrence, une sorte «d’holisme compétitif ».  Ces nouvelles conditions vont inciter chaque individu, avec ses ressources personnelles, à être en concurrence avec d’autres individus.

 

Le diplôme est un exemple de cet individualisme compétitif dans la mesure où il est le résultat d’un mélange d’intelligence et d’implication personnelle dans le travail, mais standardisé.

 

Par ailleurs, avec l’individualisme compétitif, l’école est pensée comme « libératrice », détachant les enfants de leurs origines pour ne considérer que leurs aptitudes.

 

Il s’agit de les reconnaître pour leur valeur propre. C’est l’avènement du principe méritocratique. [Mona Ozouf dans Une composition française (Gallimard 2009) a bien montré le côté émancipateur de cette méritocratie républicaine.]

 

L’individualisme est un humanisme, L’organisation et la mise en place de la couverture maladie universelle en est l’illustration. La CMU matérialise l’idée selon laquelle, même si on n’a pas de ressources, on a quand même des droits.

 

En effet, quelquefois, « l’hypermodernité » est marquée par des tendances qui permettent d’espérer. On peut penser au développement du « care » et de l’humanitaire, de l’altermondialisation… De ces activités qui ne concernent pas uniquement la réussite et l’enrichissement mais qui se concentrent davantage sur le sens du vivre-ensemble.

 

Dans cette perspective, l’éducation tout au long de la vie apparaît comme un facteur favorisant l’autocritique et la remise en question de l’individu qui lui permet de relativiser sa place , son rôle, sa fonction dans la société, afin de partir de sa position du moment pour viser un objectif.

 

Dans la réalité, on ne peut pas isoler ces quatre types de liens sociaux. Ces catégories permettent de dégager des pistes de réflexion afin d’appréhender le sens de l’éducation tout au long de la vie davantage dans une perspective d’articulation entre ces quatre types de liens sociaux que dans une logique de polarisation.

 

Cette cartographie de l’individualisme met en évidence son caractère pluriel recouvrant plusieurs réalités en fonction des différents contextes socio-historiques que l’on prend comme référence. A partir de ce constat, on retrouve plusieurs dimensions de la vie de l’individu qui essaye de s’adapter à la réalité du monde, à son environnement, à son époque et dont les manifestations de soi sont autant de points de repère utiles pour expliciter l’impact du contexte économique, politique, institutionnel dans lequel il évolue. Avec l’idée d’articulation de ces liens sociaux, on voit émerger la question de la socialisation.

 

« L’homme socialisé peut-il être libre ? Le monde, les institutions sont donc la cause créatrice de l’homme socialisé. Le monde est donc une réalité « constituante » de l’homme. Dans ce monde, il y a donc des énergies de maintenance qui visent à faire de l’enfant un être soumis, domestiqué à la réalité actuelle. Mais dans le même mouvement, il y a du jeu entre les institutions. Les brèches dans le système institué fonctionnent comme un appel, une source de vocation et une exigence substantielle, dans lesquelles il y a place pour le surgissement de la personne. Prendre conscience de cette exigence de changement, et de cet appel de différentiation, et ainsi se livrer au monde comme producteur d’innovation, c’est l’expérience humaine elle-même. »[2]

 

Ce passage, tiré de COLIN (L.) et LE GRAND (J-L), L’éducation tout au long de la vie, permet de resituer l’intérêt de l’éducation tout au long de la vie lorsqu’il s’agit de lutter contre les déterminismes. En ce sens, il y a du subjectif dans l’objectif.

 

En effet, la nature humaine est en soi un produit changeant de conditions variables. Toute connaissance de l’homme dépend de la connaissance historique. Ce qui me ramène à la citation de Pic de la Mirandole, dans De la dignité de l’homme :

 

« L’homme est un être de nature variable, multiforme et voltigeante. »Cette citation m’amène à reprendre celle de R. BARBIER sur le sens de l’éducation :

 

« L’éducation, c’est le « projet-visée » (Jacques ARDOINO) d’une connaissance plus exigeante de l’être humain, pris dans son devenir conflictuel, inachevé et incertain

 

A partir de cette acception, j’envisage « l’éducation tout au long de la vie » comme P. BESNARD et B. LIETARD :

 

« Le voyage au bout de la formation entraîne ses pèlerins vers des contrées lointaines non banalisées par les programmes pédagogiques. La formation continue… continue au-delà de l’institué. Elle s’intègre au procès de culturisation et de civilisation. Elle ressuscite une quête de sens au-delà de la performance, comme si le sens de l’immanence humaine se donnait par la transcendance. »[3]

 

En ce qui concerne cette quête de sens, la lecture du livre de Lucette COLIN et Jean-Louis LE GRAND  permet de mieux appréhender l’univers de l’éducation tout au long de la vie au-delà des institutions traditionnelles d’éducation formelle et de mettre en exergue des nouveaux moyens plus centrés sur le vécu et les expériences de la vie du sujet. Et ainsi, de mieux saisir la part subjective de l’éducation.

 

La question de l’adaptabilité, – qui cache celle inhérente à la flexibilité utile pour les tenanciers du système néo-libéral-,  m’a beaucoup intéressé. Néanmoins, je préfère envisager  « l’éducation tout au long de la vie », sous un jour plus optimiste,  comme une chance pour le sujet de prendre un nouveau départ, de se mettre  dans une dynamique de projet, de s’approprier l’avenir et  de reprendre un certain pouvoir sur sa vie. A ce propos, l’approche transversale permet alors de « détricoter » et de saisir les tenants et les aboutissants de l’éducation tout au long de la vie à plusieurs niveaux, qu’ils soient personnels, sociaux, historiques ou correspondent à des enjeux de société. Toutefois, le rapport au contexte social-historique  apparaît capital en termes de logique de l’éducation tout au long de la vie.

 

« L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous. » a écrit SARTRE. Ainsi, l’éducation tout au long de la vie apparaît comme un moyen de prise de conscience et prise de pouvoir sur soi. Dans cette perspective, je rejoins P. BESNARD et B. LIETARD qui expliquent dans La formation continue :

 

« La formation tire sa dynamique de ce rapport dialectique Produit/Projet inscrit dans l’Histoire (que l’on peut définir avec SARTRE, comme un champ de tensions créées par la nécessité). L’acteur en tire la justification de son engagement, qu’il soit formateur ou formé, et peut affirmer : « je suis ce que j’ai fait de ce qu’on a fait de moi ! »[4]

 

Ainsi la créativité sociale naît grâce à des personnes qui jouent avec les déterminations mais qui créent autre chose en tenant compte de ces déterminations.

 

L’éducation tout au long de la vie fait figure de nouveau paradigme, notamment lorsqu’elle engage l’individu, qui l’aborde dans une démarche volontaire, à travailler sur ses implications.

 

Dans ce nouveau champ de l’éducation, je voudrais me concentrer principalement sur le rapport éducation-subjectivité qui apparaît, dès qu’il est question de l’analyse de l’expérience, comme travail sur soi, pour soi, contre soi et comprendre ce qui en découle en termes de dynamique-projet. En effet, avec ce travail d’élaboration de l’expérience, il est possible de dégager des virtualités, des possibles.

JB.

 

 

 

 

 

 


[1] DE SINGLY (F.) , L’individualisme est un humanisme, L’aube, Paris, 2005. 

[2] COLIN (L.) et LE GRAND (J-L), L’éducation tout au long de la vie, Anthropos, Paris, 2008.

[3] BESNARD (P) et LIETARD (B), la formation continue, PUF, Paris, 2003.[4] BESNARD (P) et LIETARD (B), la formation continue, PUF, Paris, 2003.


  1. michelehardenne écrit:

    « …L’éducation tout au long de la vie fait figure de nouveau paradigme, notamment lorsqu’elle engage l’individu, qui l’aborde dans une démarche volontaire, à travailler sur ses implications. »

    Cette phrase me plaît beaucoup, de part la possibilité pour l’individu de poursuivre son évolution, tout en se remettant en question.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 1 mai, 2010, 19:40
  2. lozachjb écrit:

    Mes pensées sont déterminées par des influences extérieures, intérieures, subies ou choisies. Ces influences peuvent être des obstacles à sa propre connaissance. Qu’est- ce qui permet de se connaître soi- même? ; Comment disposer de soi- même si on ne se connaît pas bien? ; Comment savoir ce que l’on peut savoir de soi?
    La co-naissance (ce qui vient avec la naissance) m’intéresse particulièrement, notamment l’articulation entre subjectivité et éducation.
    Aujourd’hui, et au fil de mes lectures depuis le début de mes études, j’ai pu constater à quel point l’individu a besoin d’ETRE. L’individualisme comme l’éducation tout au long de la vie seraient donc les préalables nécessaires pour devenir une personne responsable et citoyenne.
    L’éducation tout au long de la vie permettrait de redéfinir l’individualisme comme moyen de faire émerger un nouvel humanisme.
    D’où cette problématique essentielle : comment penser l’éducation tout au long de la vie, aussi bien en termes d’appropriation de compétences et de savoirs qu’en termes de développement personnel et de transformations subjectives. Comment construire son moment philosophique pour passer de l’individualisme à l’association?
    Aristote nous dit : « la finalité de l’éducation est identique à la finalité de l’homme ». Ce propos issu de l’Antiquité reste actuel. La vie est un problème pour qui s’interroge sur son accomplissement, sa réalisation, son épanouissement avec comme perspective finale sa mort certaine mais imprévisible. C’est donc la question du sens de la vie qui se pose : Pourquoi vaut-il de vivre?
    Le philosophe cherche à résoudre le problème du sens de la vie humaine. La vie est un destin : nous n’avons choisi ni notre sexe, ni l’époque de notre naissance, ni notre culture d’origine, ni nos parents, ni les circonstances de notre venue au monde. Mais nous pouvons étudier ce qui est là, choisir nos valeurs en fonction de notre propre vision des choses. Nous ne pouvons pas choisir les circonstances, mais nous pouvons choisir l’orientation de notre action. La philosophie peut nous rendre capables de faire des choix réfléchis et transformer notre condition en conscience active. La philosophie nous permet de devenir ce que nous pouvons être.
    L’éducation touche à l’essence même de ce qui fait l’homme : vouloir apprendre, chercher à comprendre. C’est une manière de voir le monde et d’être au monde. La philosophie qui nous aide à mourir nous aide aussi à vivre.
    Cette idée est le noyau dur autour duquel s’est formé le concept d’éducation tout au long de la vie.

    Citer | Posté 8 mai, 2010, 11:09
  3. michelehardenne écrit:

    « La philosophie peut nous rendre capables de faire des choix réfléchis et transformer notre condition en conscience active. La philosophie nous permet de devenir ce que nous pouvons être. »
    Cette phrase correspond tout à fait à ce qu’une personne, comme moi, non initiée à la lecture des écrits de penseurs, a de l’idée de ce que à quoi peut servir en pratique de vie humaine cette discipline.
    Cet article me fait prendre conscience, qu’être philosophe est à la portée de tous.
    Dès que je me pose une question concernant un choix à faire, je réagis en philosophe en tentant d’y apporter une réponse, qui devra avoir un impact sur ma vie, en interaction avec ce qui fait ma vie, tout en respectant ma nature dans un souci de recherche de vérité et d’identité de mon moi.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 8 mai, 2010, 17:22
  4. lozachjb écrit:

    On est tous des « amateurs »… de sagesse

    Citer | Posté 8 mai, 2010, 18:16
  5. michelehardenne écrit:

    La modestie fait partie de l’apprentissage de la sagesse.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 9 mai, 2010, 22:02
  6. lozachjb écrit:

    pourquoi pas.. mais j’ai souvent l’impression que ce mot sonne faux..

    Citer | Posté 10 mai, 2010, 17:15

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