hors je



reliance

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Dans l’approche transversale, René BARBIER explicite l’origine du terme :

« Le concept a été proposé à l’origine par Roger CLAUSSE en 1963, pour indiquer un « besoin psychosocial (d’information) : de reliance par rapport à l’isolement. » Il fut repris et réélaboré à la fin des années 1970 par Marcel BOLLE DE BAL à partir d’une sociologie des médias. A la notion de connexion, la reliance va ajouter le sens, la finalité, l’insertion dans un système. »[1]

Par ailleurs, sur le journal des chercheurs, dans l’article « Flash existentiel et reliance », René BARBIER met en évidence la caractéristique plurielle du terme « reliance » :

« Pour Marcel BOLLE DE BAL, la reliance possède une double signification conceptuelle : C’est l’acte de relier ou de se relier : la reliance agie, réalisée, c’est-à-dire l’acte de reliance ; Le résultat de cet acte : la reliance vécue, c’est-à-dire l’état de reliance. Et l’auteur de préciser ce qu’il entend par relier : « créer ou recréer des liens, établir ou rétablir une liaison entre une personne et, soit un système dont elle fait partie, soit l’un de ses sous-systèmes ».»

L’état de reliance en tant qu’état dans lequel l’être est le centre vivant où la totalité du monde vient s’unir, et à partir duquel elle se diversifie, a quelque chose de commun avec « l’être » éluardien. En effet, l’idée de présence totale et immédiate rappelle « l’être » éluardien au monde qui l’entoure. De plus, la poésie de P. ELUARD apparaît comme une poésie du présent. En effet, le présent grammatical des poèmes d’ELUARD définit une poésie de la présence ; il est l’inscription dans le langage du « présent perpétuel ». Comme lui, il traduit la relation immédiate de l’être à l’univers qui l’entoure.

De plus, dans le même sens, René FOUERE commentant Jiddu KRISNAMURTI écrit :

« Le présent est l’essence vivante et la totalisation du passé…Comme le futur n’est rien d’autre que le présent profond…Le présent est sans cesse le total, exprimé du passé et le total, à exprimer, de l’avenir » [2]

Au-delà de l’utilisation sur un mode et un temps correspondant au « présent perpétuel », P. ELUARD s’exprime avec un langage qui apparaît inhérent au contact de l’être avec le monde. De plus son écriture est contact du langage avec l’être. Ainsi à travers son œuvre P. ELUARD exprime-t-il cette idée de reliance, à travers un univers poétique stable et cohérent au sein duquel l’expression du « je » apparaît comme un point d’ancrage nécessaire.

Raymond JEAN écrit que les images éluardiennes prennent naissance « dans une zone où il est vain de vouloir séparer imagination du corps et celle du langage »[3]. Avec le sens du mouvement centrifuge, on retrouve bien l’idée d’une reliance. Etre relié comme le dit René BARBIER, c’est être unifié à soi- même, aux autres et au monde. « Avec la reliance, c’est l’acte de vivre qui devient solidaire. »

Chez P.ELUARD, il semblerait que la reliance dépasse la sphère interne de l’individu. L’amour et plus généralement la relation à l’autre sont pour lui l’expérience inaugurale de l’être : il a valeur ontologique. Par conséquent, l’amour s’impose comme une véritable expérience, qui peut seule fonder l’existence. C’est pourquoi, à partir de l’émergence de l’être dans l’expérience amoureuse, tout l’univers d’ELUARD s’éclaire. Le monde qui s’offre à lui est alors, celui où semble se diffuser ce primitif bonheur d’être. C’est celui qui retentit dans l’espace du couple, qui détermine la « dynamique » de l’existence et qui structure la perception de l’espace et du temps. Ainsi, chez ELUARD, le monde se déploie-t-il en cercles concentriques, comme en autant d’enveloppes de l’être. Celui-ci investit tous les espaces de l’existence et en fait autant de miroirs d’un même rayonnement inaugural.

La reliance, en vertu de la transmutation des valeurs qu’elle implique, suppose le mouvement de recherche du lien qui nous unit à autrui et à sa souffrance, au lieu de se focaliser, de manière auto-suffisante, sur l’idée d’une guérison totale ou sur celle d’un développement personnel continu, dans une logique ascensionnelle qui ne nous ancre pas dans le moment présent, mais nous projette vers un avenir supposé meilleur, voire idéal.

Quand on travaillé sur soi, construit sa véritable personnalité, alors peut-on rejoindre la société. On peut œuvrer en commun. Quand on atteint l’état d’individuation, on n’a plus peur et on ose. Ainsi, comme le définit René BARBIER, la reliance serait-elle comprise dans ces propos :

« Émergence du sens de l’Ouvert dont parlait Rainer-Maria RILKE. « Je » devient Relation, enfin reconnue, que la vie prend en charge, développe et approfondit de jour en jour. »

« Il n’y a pas d’éducation sans relation. »

« Elle invente des stratégies d’actions justes, des tactiques d’instants propices. C’est avec l’accomplissement de la reliance que l’éducation commence à voir le jour. La philosophie devient éducation. »

Quand la personne a atteint la phase d’individuation, son Moi change, se libère, évolue, pour atteindre l’être de l’individu, son Soi. Le Moi se libère de tout ce qui le fait souffrir mais pas des causes extérieures.

La reliance questionne la place de l’individu dans le monde et, en ce sens, est une invitation à la réflexion sur le sens même de la vie.

JB.
 

 


[1] BARBIER (R.), L’approche transversale. L’écoute sensible, Anthropos, Paris, 1997 p 146.[2] FOUERE (R.), la révolution du réel. KRISHNAMURTI, le courrier du livre, paris, 1985, p120. In BARBIER (R.), L’approche transversale. L’écoute sensible, Anthropos, Paris, 1997, p 80 

[3] JEAN (R.), Paul ELUARD  par lui même, Editions du seuil, Paris, 1968, p 80.


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