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FREUD save the queen

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Dans La psychiatrie anglaise et la guerre, J.LACAN développe son interprétation concernant la victoire de l’Angleterre. Sur un tel sujet, un point de vue de psychiatre et de  psychanalyste est intéressant mais n’est sans doute pas le plus important.

Selon lui, « la psychiatrie a servi à forger l’instrument par quoi l’Angleterre a gagné la guerre. Inversement, la guerre a transformé la psychiatrie en Angleterre.« 

J.LACAN veut parler de la contribution des psychiatres anglais pour et par la guerre, de « l’usage qu’ils ont fait de leur science au singulier et de leurs techniques au pluriel. »

A travers ce prisme, J.LACAN analyse l’effort de guerre anglais. Il organise son propos autour de deux thèmes centraux : la sélection des officiers et le traitement de ceux qui ne sont plus aptes à la guerre. Il distingue différents niveaux, individuel, collectif, institutionnel. Du tréfonds de l’âme anglaise à la volonté de gagner cette guerre en passant en revue le moral des troupes, La psychiatrie anglaise et la guerre, prend l’allure d’un défilé à l’anglaise dans lequel J.LACAN met en relief le rôle capital de la psychiatrie  dans la victoire finale et donc dans la résolution du conflit.

D’abord, il est question des individus rendus fous par la guerre, phénomène qui prend de l’ampleur, qui devient un fait social important sur lequel il y nécessité d’intervenir, car il devient un enjeu militaire. J.LACAN évoque le sort de ceux qui sont orientés vers les hôpitaux psychiatriques et détaille les nouveaux modes de traitements dont BION et RICKMAN sont les initiateurs et les animateurs.

Dans cet article, J.LACAN reconnaît avant tout une qualité exceptionnelle au peuple anglais, celle d’avoir « un rapport véridique au réel« . Il parle de ce « ressort moral » qui leur confère un sens de l’adaptation particulièrement utile en temps de guerre. L’audace royale, pourrait-on dire, sans rire, humour anglais oblige.

La guerre impose un contexte dans lequel il faut faire face à l’adversité, aux contraintes,  aux faits nouveaux qu’elle engendre. La guerre impose la nécessité de s’adapter.

Cette guerre d’un nouveau genre, exige la mobilisation de toutes les forces de la nation. Cette contrainte a eu des effets instituants. Les anglais étaient confrontés à une difficulté de taille : constituer une armée de combat ici et maintenant pour une guerre déjà là.  Pour commencer, « le problème du nombre » et « le problème de l’efficience » se sont posés. Avant tout, il s’agissait d’optimiser l’emploi de chaque individu.

« La psychiatrie anglaise et la guerre », c’est aussi l’histoire de la symbiose entre deux institutions, l’armée et la psychiatrie.

D’abord, l’audace, trait d’esprit caractéristique du royaume, a permis la prise en compte de la santé psychique, donc de trouver un rôle à la psychiatrie, rôle, qui pour J.LACAN, sera décisif.

A lire « La psychiatrie anglaise et la guerre » on comprend que la psychanalyse a eu un impact majeur dans l’organisation de l’armée.

En effet, J.LACAN est convaincu du rôle de la psychanalyse pour éviter la défaite.  A ce propos, il évoque les effets instituants des écrits de FREUD. C’est-à-dire,  la reconnaissance et l’extension de sa science dans les milieux de la médecine, l’adoption de ses hypothèses par de nombreux psychiatres convaincus par la pertinence de ses recherches.

Pour J.LACAN, avec la guerre, la psychiatrie anglaise, traversée par des influences psychanalytiques, a établi son utilité sociale, a trouvé sa légitimité, car elle a pu agir sur un problème social sur lequel il a été rendu possible de mesurer les effets de ce travail thérapeutique. Il envisage cette guerre comme une expérience significative, voire formative, qui a établi un cadre de référence, utile pour favoriser les expériences futures.

A partir de ce cadre, J.LACAN développe une approche transversale. Il cherche à délimiter le champ d’action des sciences psychologiques dans la société tandis qu’il affirme un positionnement pour intégrer ce nouveau champ dans les sciences humaines.  Ainsi il met-il à la fois en lumière la puissance de la transversalité et le rôle des sciences psychologiques.

« Ici trouvent leur lieu de coopération plusieurs disciplines pour si théoriques que les tiennent certains d’entre nous il faudra bien que tous s’en informent. Car c’est à cette condition que nous devons justifier la prééminence qui nous  revient dans l’usage à l’échelle collective des sciences psychologiques. »

Pour J.LACAN, c’est exactement ce que les psychiatres anglais ont su faire reconnaître au cours de l’expérience de la guerre, grâce notamment  » au grand nombre de psychanalystes dans leur rang, mais aussi plus profondément du fait qu’il aient tous été pénétrés par la diffusion des concepts et des modes opératoires de la psychanalyse. »

Très prosaïquement, 39-45 a fourni aux psychiatres anglais des cobayes pour faire des expériences. La guerre leur a permis d’asseoir leur légitimité, à venir. Mais comment la psychiatrie anglaise a-t-elle permis à l’armée  de gagner la guerre? Dans quels moyens,  innovations techniques, J.LACAN trouve-t-il les recettes du succès anglais?

Tri sélectif et recyclage.

« A partir de 1940, les cas affluèrent dans les hôpitaux sous la rubrique d’inadaptation, de délinquance diverse, de réaction psychonévrotique ». La question qui se posait avec ces nombreux hommes rendus fous par les horreurs de la guerre avait tout d’un programme : comment les remettre en état pour les ramener au combat ?

Voilà que se dessine le front des psychiatres anglais, l’objet de leur combat. Pour  présenter ceux dont BION et RICKMAN avaient à faire, J.LACAN les décrit en ces termes :

« Traînards à l’instruction, ravagés par le sentiment de leur infériorité, inadaptés et facilement délinquants, moins encore par manque de compréhension qu’en raison d’impulsions d’ordre compensatoire, terrains dès lors élus des raptus dépressifs ou anxieux ou des états confusionnels sous le coup des émotions ou commotions de la ligne de feu, conducteurs naturels de toutes les formes de contagion mentale.(…) »

Comment ne pas faire le parallèle avec ces jeunes en rupture de la société actuelle et avec ceux qu’on a vite fait de qualifier de marginaux.

L’effet de L’exclusion de ces brebis galeuses a permis d’assainir les bataillons, de préserver le moral des troupes. J.LACAN relève:

« Pour les unités ainsi épurées de leurs éléments inférieurs, elles virent baisser les phénomènes de chocs et de névroses, les effets du fléchissement collectif dans une proportion qu’on peut dire géométrique. »

Toutefois ces « dullards » sont orientés vers des hôpitaux psychiatriques, dans l’optique de les rééduquer et de les ramener au front.

La guérison prend alors une drôle de tournure :  ils ont développé leur pathologie du fait des horreurs de la guerre mais il faut les soigner parce que l’armée, la société a besoin d’eux. On doit les réhabiliter, on ne peut pas s’en passer. Dans ce contexte, on aboutit à un  curieux idéal d’adaptation sociale.

L’émergence de « la psychologie dite de groupe ».

Il est question des effets thérapeutiques de la dynamique de groupe, des bienfaits du partage, de la mutualisation, de la socialisation.

Le groupe permet de faire des expériences morales à partir desquelles il est possible d’élaborer des valeurs et de trouver une ligne de conduite.

Dans le contexte de la guerre, la psychologie de groupe était-elle plus une nécessité qu’une volonté ? Pouvait-on faire autrement pour traiter d’aussi nombreux cas? N’ y avait-il pas une intendance qui exigeait de trouver des moyens de traitement collectif? Toujours est-il que les conditions ont provoqué l’innovation méthodologique, l’invention de solutions. Et le sens de l’adaptation anglais a permis aux psychiatres de mettre en place les moyens de leur politique.

Organiser l’instruction mentale des recrues,  n’est-ce pas une forme imposée d’éducation tout au long de la vie ?

Avec le support du groupe,  du collectif, BION et RICKMAN cherchent à développer un processus d’identification horizontale (à la différence  de l’identification verticale par rapport au chef.) L’objectif  est de chercher à libérer « leur bonne volonté corrélative d’une sociabilité. »

BION et RICKMAN sont les pionniers de « cette révolution qui transporte nos problèmes à l’échelle collective ». Selon J.LACAN, Leur article ,- « Les tensions intérieures au groupe dans la thérapeutique-, », fera date dans l’histoire de la psychiatrie. «  J’y retrouve l’impression de miracle des premières démarches freudiennes : trouver dans l’impasse même d’une situation la force vive d’intervention. »

J.LACAN expose d’abord la problématique de ces soldats: « Ces hommes, en effet, comment les considérer dans leur situation présente ? Sinon comme des soldats, qui ne peuvent se soumettre à la discipline, et qui resteront fermés aux bienfaits thérapeutiques qui en dépendent, pour la raison que c’est le même  qui les a réunis ici. »

Puis  il précise la stratégie thérapeutique :

«  Quant au danger commun n’est-il pas dans ces extravagances même qui font s’évanouir toute raison du séjour ici de ces hommes en s’opposant aux conditions premières de leur guérison ? Mais il faut leur en faire prendre conscience.

Et c’est ici qu’intervient l’esprit du psychanalyste, qui va traiter la somme des obstacles qui s’oppose à cette prise de conscience comme cette résistance ou cette méconnaissance systématique, dont il a appris la manœuvre dans la cure des individus névrosés. Mais ici il va la traiter au niveau du groupe. »

Principe de départ établit par BION pour mettre en place le travail collectif :

«  Voici donc en bref le règlement qu’il promulgue en un meeting inaugural de tous les hommes : il va être formé un certain nombre de groupes qui se définiront chacun par un objet d’occupation, mais ils seront entièrement remis à l’initiative des hommes, c’est- à -dire que chacun non seulement s’y agrégera à son gré, mais pourra en promouvoir un nouveau selon son idée, avec cette seule limitation que l’objet en soit lui-même nouveau, autrement dit qu’il ne fasse pas double emploi. »

Trouver les moyens d’accompagnement

Au « médecin animateur » de trouver les moyens d’action pour franchir, successivement, les obstacles.  Il lui faut d’abord définir la première étape, l’étape la plus proche, le premier objectif que le groupe pourra atteindre. Ensuite, il devra s’adapter aux changements du groupe pour soutenir ses membres sur la voie de la guérison.

« Tenir le groupe à portée de son verbe » apparaît comme la condition sine qua non pour garantir l’évolution du groupe car le groupe est envisagé ni plus ni moins  comme  processus de progression, c’est l’essence de son existence.

 

Il s’agit d’organiser la situation de façon à accompagner le groupe à « prendre conscience de ses difficultés d’existence en tant que groupe puis à le rendre de plus en plus transparent à lui même« , pour que chaque membre soit à même d’évaluer comme il faut les progrès de l’ensemble.

L’autogestion

Les patients sont livrés à leur propre capacité d’organisation.

BION et RICKMAN envisagent le groupe comme étant à la fois la fin et les moyens.En quelque sorte, ils le pensent sous une forme conjuguée du verbe s’organiser. Les patients s’organisent et, dans la continuité, facteur majeur de progrès, les changements apparaissent…

Ils s’institutionnalisent ; leur organisation émerge. L’exemple de la corvée bénévole à partir de laquelle se cristallise l’autocritique du groupe est significatif. Avec BION, le groupe est toujours renvoyé à lui-même,  à sa responsabilité collective, à l’intérêt général. Il faut jouer collectif puisque le principe est le suivant : « le sentiment des conditions propres à l’existence du groupe, en faisant le fonds. »

Ainsi l’ idée d’organiser un cours de danse, proposée sous forme de blague par un patient est-elle prise au sérieux et s’institutionnalise-t-elle. J.LACAN y voit « une initiation à un style de comportement qui par son prestige relève en eux le sentiment de leur dignité ».

Concernant les travaux de RICKMANN,

J.LACAN reprend une remarque de RICKMANN qui peut faire figure de postulat en faveur de la psychologie de groupe :

« Si l’on peut dire que le névrosé est égocentrique et a horreur de tout effort pour coopérer c’est peut être parce qu’il est rarement placé dans un milieu où tout membre soit sur le même pied que lui en ce qui concerne les rapports avec son semblable. »

A partir d’un tel postulat, « la création d’une néo-société où le malade maintienne ou restaure un échange humain » apparaît pour J.LACAN comme « une sorte de naissance qu’est un regard nouveau qui s’ouvre sur le monde« 

Ce nouveau regard  amène J.LACAN, à  un questionnement, plein de promesses :

« Comment se détermine la part mobilisable des effets psychiques du groupe ? Et son taux spécifique varie-t-il selon l’aire de culture ? Une fois que l’esprit a conçu un nouveau registre de détermination, il ne peut s’y soustraire si facilement. »

 La sélection psychologique des officiers.

Selon J.LACAN,  » ce problème du recrutement des officiers est celui où l’initiative psychiatrique a montré son résultat le plus brillant en Angleterre. »

J.LACAN évoque d’abord son expérience dans l’armée française pour mieux mettre en valeur la capacité des Anglais à « faire sortir du néant » une armée nationale. Il centre son propos sur « l’appareil de sélection psychologique » et  s’émerveille de son efficacité quasi-immédiate.

J.LACAN détaille ensuite le protocole de sélection , organisé en plusieurs épreuves.

- D’abord une observation participante.  Les officiers effectuent un stage de trois jours de vie en communauté avec les psychiatres, les membres du jury. Au cours de ce stage, ces derniers cherchent à évaluer leur personnalité, « cet équilibre des rapports avec autrui qui commande la disposition des capacités elle même [elles-mêmes?], leur taux utilisable dans le rôle du chef et dans les conditions du combat. Toutes les épreuves ont été centrées sur la détection des facteurs de la  personnalité. »… alors mise [qui?] en examen.

- Un travail d’analyse de leurs représentations . Les officiers doivent imaginer et rédiger deux portraits d’eux-mêmes issus l’un du regard bienveillant d’un ami, et l’autre venu d’un critique sévère. Ainsi sont mises à l’épreuve leur lucidité morale, leur capacité de remise en question, mais aussi leur capacités introspectives. Le jury peut ainsi évaluer où se situe leur libre arbitre, entre idéal du moi et du surmoi.

- Les officiers sont mis dans des situations quasi réelles, afin de révéler leurs « attitudes fondamentales.« 

- L’épreuve dite du groupe sans chef.

« On constitue des équipes de dix sujets environ, dont aucun n’est investi d’une autorité préétablie : une tâche leur est proposée qu’ils doivent résoudre en collaboration et dont les difficultés échelonnées intéressent l’imagination constructive, le don d’improvisation, les qualités, le sens du rendement (…) Mais ce que notera l’observateur, c’est moins ce qui apparaît chez chacun de capacité de meneur, que la mesure dans laquelle il sait subordonner le souci de se faire valoir à l’objectif commun, que poursuit l’équipe et où elle doit trouver son unité. »

On peut faire le parallèle avec l’autogestion, où le fair play est de mise.

J. LACAN termine son propos par une conclusion  à l’allure d’oraison  éthique.

Il défend  la légitimité et les vertus de la sélection psychologique lorsqu’il s’agit de défendre l’intérêt général pendant la guerre, ; mais il dénonce, pressentant les futures dérives, son utilisation privée à des fins d’intérêts commerciaux.

 » Dés lors qu’on entre dans la voie des grandes sélections sociales, et que , devançant les pouvoirs publics, de puissantes organisations privées comme la Hawthorne Western Electric aux Etats-unis les ont déjà mises en œuvre à leur profit, comment ne voit-on pas que l’Etat devra y pourvoir au bénéfice de tous et que déjà sur le plan d’une juste répartition des sujets supérieurs autant que des dullards, on peut évaluer à l’ordre des 200 000 travailleurs les unités sur lesquelles devront porter les sélections? »

 » Il est clair désormais que les puissances sombres du surmoi se coalisent avec les abandons les plus veules de la conscience pour mener les hommes à une mort acceptée pour les causes les moins humaines, et que tout ce qui apparaît comme sacrifice n’est pas pour autant héroïque.

   Par contre le développement qui va croître en ce siècle des moyens d’agir sur le psychisme, un maniement concerté des images et des passions dont on a déjà fait usage avec succès contre notre jugement, notre résolution, notre unité morale, seront l’occasion de nouveaux abus du pouvoir ».

C’est pourquoi, J.LACAN ne veut pas perdre de vue « cette sensibilité des profondeurs humaines qui n’est certes pas notre privilège, mais qui doit être notre qualification ».

JB.

 


  1. lanouvelleagora écrit:

    Bonjour
    Une approche psychologique concernant les humains appelés à  faire la guerre est une démarche « normale ».
    Cette démarche est en ligne avec les démarches qui sont menées dans certains pays après toute « agression » traumatisante: une catastrophe naturelle, un crime qui touche un proche, la mort ou le dèpart d’un conjoint…
    En ce qui concerne la guerre, la situation n’est plus la même pour certains, le champs de bataille a aujourd’hui une tout autre allure. Dans bien des cas l’agresseur est derrière un outil militaire qui s’apparente à une console de jeu ce qui change radicalement son rapport à  la guerre.
    Bonne journée à  toi

    Citer | Posté 21 avril, 2010, 8:05
  2. michelehardenne écrit:

    Efrrayant, mais tellement d’actualité!
    Au XXIème siècle,le « coatching ».est partout, dans l’entreprise, la vie personnelle, l’éducation,…
    Manipuler la personnalité de l’individu pour la rendre plus malléable à « la cause », lui ôter sa conscience et le rendre plus uniforme.
    Cela me rappelle le film « Equilibrium » de Kurt Wimmer.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 21 avril, 2010, 16:29
  3. lozachjb écrit:

    c’est vrai, on peut faire des parallèles avec aujourd’hui..

    Citer | Posté 22 avril, 2010, 15:57

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