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Les années d’hiver.

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En 1983- A propos de Dreux, Felix GUATTARI (Les années d’hiver 1980-1983)

Il y a 27 ans, Félix GUATTARI écrivait ceci :

 

 » La démocratie française est à bout de souffle. C’est pénible à dire, çà peut sembler paradoxal, c’est surement désagréable à entendre pour certaines oreilles amies : mais c’est ainsi! Et les socialistes français doivent être tenus pour les premiers responsables de son affaissement. Pourquoi? Parce qu’ils sont là depuis deux ans! Parce qu’ils étaient les seuls en positions de la ressusciter et de travailler à la renouveler! Et puis, à qui d’autre pourrait -on s’en prendre? Les communistes? Il y a longtemps qu’on attend plus rien d’eux. Surtout dans ce domaine! Quant à la droite, inutile d’insister : elle a tout fait, depuis vingt ans, pour entretenir un climat de répression et de régression sociales. Rien à dire non plus de ce coté là. C’est donc d’abord les socialistes qu’on a envie de secouer, de réveiller, comme un ami qui s’égare.

La montée raciste-fasciste de cet été, la chasse aux immigrés, l’élection de Dreux et bien d’autres symptômes sont l’aboutissement d’un long processus de décomposition et d’infantilisation de l’opinion démocratique. Il faudrait se mettre une bonne fois dans la tête que la démocratie n’est pas une vertu transcendantale, une idée platonicienne, flottant en dehors des réalités. Elle est plutôt comme la « forme » des sportifs. Elle s’entretient, elle se développe ; elle peut s’enrichir ou dépérir au gré de l’entrainement qu’on lui consacre. En France, elle est devenue poussive, myope ; elle a de l’emphyseme, de la cellulite. Vous me direz qu’on a pas entendu les socialistes pour en arriver là! Certes! Mais la situation n’a peut etre jamais été aussi grave : tous les rouages de la représentation populaire sont grippés. Les syndicats tournent à vide. La vie associative ronronne dans son coin. Au moins dans l’ancien régime, les partis de gauche et les groupuscules extraparelementaires conservaient-ils un minimum de fonctions de remise en cause. Oh! Je sais, trés faible et souvent franchement débile! Mais enfin, ils occuppaient le terrain ; ils incarnaient d’autres espoirs. Tout cela est aujourd’hui révolu! François MITTERAND et ses compagnons ont avalisé et légitimé le système profondément pervers et antidémocratique du présidentialesme gaulliste. Qu’on s’étonne ensuite s’il advient que le « bon peuple » ait quelquefois tendance à s’abandonner au nationalisme et à la xénophobie!

Non seulement les partis de gauche se sont sclérosés et enlisés dans le corporatisme politique, mais le parlementarisme lui même s’est mis à dégénérer. Les parlementaires sont devenus l’équivalent de simples fonctionnaires. Sait-on que les « députés de base »sont dirigés par leur chef de file comme des écoliers par leur instituteurs? Sait-on qu’ils n’ont aucun accès direct à l’ordre du jour de leur travaux? Il est vrai que les institutions représentatives traditionnelles, dans leur fonctionnement actuel, sont obsolètes et qu’elles risquent de se trouver, à l’avenir , de plus en plus déphasées par rapport aux forces vives des sociétés ) haut développement communicationnel! Est-ce une raison pour s’engouffrer dans le sens du vent, pour renforcer jusqu’à la nausée cette infantilisation chronique de l’opinion par le système des sondages et du vedettariat politiques et syndicaux? Finira-t-on par comprendre qu’un tel système n’exprime en rien les « tendances profondes de l’opinion »? Il ne capte et n’amplifie que les opinions qu’il peut manipuler ou qu’il a auparavant lui même manufacturées.

C’est la notion même de « tendance profonde » qu’il convient ici de réexaminer. Elle n’est nullement scientifique ; elle n’est fondée que sur une conception conservatrice de la société. En fait cette opinion qu’on prétend extraire des sondages et des jeux télévisuels électoraux n’est émise que par des individus isolés, « sérialisés », qui ont été confrontés, par surprise, à une « matière à option » préfabriquée. Le choix qui leur est proposé – tel celui des chiens de PAVLOV – est toujours passif, non élaboré, non problématique et, par conséquent, toujours biaisé. « C’est lequel des deux que tu préfères? » (…) Mais quand pourrons-nous enfin imposer un autre genre de choix?(…)

Et il est navrant de constater que, de ce point de vue, les socialistes sont à court d’idées, ou, à tout le moins, à court de volonté. Leur projet de décentralisation ne marque aucun progrès véritable dans le sens de la promotion d’une démocratie sociale. Faute d’un projet cohérent tendant à donner à la vie associative le poids économique qui devrait retenir, on laisse végéter et dégénérer toutes les tentatives d’innovation sociale. Le résultat le plus désolant a été le gâchis des radios libres qui ont été livrées pieds et poings liés au petit business commercial et politique. De leur coté, les administrations et les corps d’Etat demeurent incapables de s’adapter aux situations nouvelles, au point de compromettre, dans certains domaines, l’avenir du pays ( A cet égard, la palme revient, sans conteste à L’Education Nationale.)

(…) La démocratie, bordel!, ce n’est pas un luxe sur lequel il faudrait tirer un trait les jours de vaches maigres ! D’abord, parce que le fascisme – mais oui, le fascisme, çà existe bel est bien, n’en déplaise aux « nouveaux économistes » – s’engraisse et prolifère, vampirise la subjectivité populaire quand elle s’affaiblit. Ensuite, parce qu’elle est un des remèdes essentiels à la crise. Ensuite, parce qu’elle est un des remèdes essentiels à la crise. Avis au technocrates socialistes : la vitalité sociale, l’intelligence, la sensibilité, la créativité collective, bref, la démocratie, ça peut rapporter gros, c’est important pour la balance des paiements, aussi important, à terme, que le pétrole ! Et remarquez que ça peut s’exporter! La démocratie et la paix : quel marché d’avenir! « 

 

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  1. michelehardenne écrit:

    Clair, net précis, tellement proche de ce que nous vivons en ce 21ème siècle.
    … »Avis au technocrates socialistes : la vitalité sociale, l’intelligence, la sensibilité, la créativité collective, bref, la démocratie, ça peut rapporter gros, c’est important pour la balance des paiements, aussi important, à terme, que le pétrole ! Et remarquez que ça peut s’exporter! La démocratie et la paix : quel marché d’avenir! … »
    Cette phrase a elle seule, est le sésame qui ouvrirait la porte de la conscience d’hommes qui veulent s’engager en politique, qu’ils soient de gauche ou de droite.
    Je suis sidérée de lire cet article, en pensant que les propos ont été tenus, il y a vingt sept ans.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 22 mai, 2010, 0:22
  2. pandora écrit:

     » d’abord je ne suis rien / quand j’ai eu la faculté de me battre la bataille était finie / quand j’ai eu conscience de moi et de ma vie c’en était déjà décidé / la bataille ne se situe pas dans le temps / elle est le temps / c’est à dire une chose sur laquelle on est toujours en retard / j’avance en me sachant en retard / je repousse l’échéance / car tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir / même si l’espoir me parait être une drôle de danse »

    Citer | Posté 22 mai, 2010, 9:25
  3. lozachjb écrit:

    le temps passe…

    Citer | Posté 24 mai, 2010, 10:49
  4. lozachjb écrit:

    le temps presse…

    Citer | Posté 24 mai, 2010, 10:50
  5. michelehardenne écrit:

    J’ai beaucoup apprécié cet article et j’en ai inséré un passage sur mon blog avec un lien vers le tien.
    Si tu n’es pas d’accord, je le supprimerai.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 9 juin, 2010, 7:54
  6. lozachjb écrit:

    dacodac!

    Citer | Posté 9 juin, 2010, 7:57
  7. michelehardenne écrit:

    Merci à toi.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

    Citer | Posté 9 juin, 2010, 19:51

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